La construction d’un tableau d’amortissement linéaire représente l’une des compétences fondamentales en comptabilité d’entreprise. Cette méthode permet de répartir de manière égale la dépréciation d’un bien sur sa durée d’utilisation, offrant ainsi une approche prévisible et systématique pour la gestion des immobilisations. Contrairement aux méthodes d’amortissement plus complexes, l’amortissement linéaire se distingue par sa simplicité d’application et sa conformité aux normes comptables françaises.

Dans un contexte économique où la maîtrise des coûts et l’optimisation fiscale constituent des enjeux majeurs, la construction rigoureuse d’un plan d’amortissement devient essentielle. Cette approche méthodologique permet non seulement de respecter les obligations comptables, mais également d’anticiper l’impact financier de vos investissements sur plusieurs exercices comptables.

Définition et calcul mathématique de l’amortissement linéaire comptable

L’amortissement linéaire constitue le mode de répartition le plus couramment utilisé en comptabilité française. Cette méthode consiste à déduire annuellement une fraction constante de la valeur d’acquisition d’une immobilisation, permettant ainsi de constater comptablement sa dépréciation progressive. Le principe fondamental repose sur l’hypothèse que l’utilisation du bien génère une usure régulière et prévisible au fil du temps.

Cette approche s’oppose aux méthodes d’amortissement variables qui tiennent compte de l’intensité d’utilisation réelle du bien. L’amortissement linéaire présente l’avantage de la simplicité et de la prévisibilité, facilitant ainsi la planification financière et le suivi budgétaire. Il constitue également le régime de droit commun en matière fiscale, ce qui simplifie les déclarations et réduit les risques de redressement.

Formule de calcul : (valeur d’acquisition – valeur résiduelle) / durée d’utilisation

La formule de base pour calculer l’annuité d’amortissement linéaire s’exprime mathématiquement par la relation suivante : Annuité = (Valeur d’origine – Valeur résiduelle) / Durée d’amortissement. Cette équation intègre trois composantes essentielles qui déterminent le montant des dotations annuelles. La valeur d’origine comprend le prix d’achat hors taxes augmenté de tous les frais directement attribuables à la mise en service du bien.

Le calcul du taux d’amortissement découle directement de cette formule : Taux = 1 / Nombre d'années. Pour une immobilisation amortie sur cinq ans, le taux annuel s’établit à 20%. Cette approche systématique garantit que la totalité de la base amortissable sera répartie sur la période d’utilisation prévue, sans résidu ni excédent.

Application du système français d’amortissement selon le PCG

Le Plan Comptable Général français encadre strictement l’application de l’amortissement linéaire. Selon l’article 214-13 du PCG, l’amortissement d’un actif correspond à la répartition systématique de son montant amortissable en fonction de son utilisation. Cette définition souligne l’importance de lier la durée d’amortissement à l’utilisation réelle anticipée du bien plutôt qu’à des considérations purement fiscales.

Les normes françaises imposent également des règles spécifiques concernant la date de début d’amortissement. Contrairement aux idées reçues

Les amortissements débutent à la date de mise en service du bien, c’est-à-dire au moment où l’immobilisation est prête à être utilisée conformément à l’usage prévu. Il ne s’agit donc ni de la date de commande ni, le plus souvent, de la simple date de facture. Cette précision est essentielle, notamment lorsque l’acquisition intervient en cours d’exercice : la première annuité d’amortissement linéaire doit alors être calculée au prorata temporis entre la date de mise en service et la date de clôture comptable (généralement sur la base de 360 jours en France).

En pratique, l’entreprise doit être capable de justifier cette date de mise en service (procès-verbal de réception, bon de livraison signé, attestation interne, etc.). Cette exigence documentaire revêt une importance particulière en cas de contrôle fiscal, car elle influe directement sur le montant de la dotation d’amortissement de la première et de la dernière année. Une mauvaise détermination du point de départ peut ainsi conduire à un décalage de charges significatif entre exercices.

Différences avec l’amortissement dégressif et les unités d’œuvre

Pour bien maîtriser la construction d’un tableau d’amortissement linéaire, il est utile de le comparer aux autres méthodes prévues par la réglementation française : l’amortissement dégressif et l’amortissement selon les unités d’œuvre. Chacune repose sur une logique économique différente et entraîne une répartition distincte de la charge d’amortissement dans le temps.

L’amortissement dégressif permet de constater des dotations plus élevées au début de la durée d’utilisation, puis décroissantes au fil des années. Il est réservé à certaines immobilisations corporelles neuves (principalement matériel industriel, outillage, certains équipements techniques) d’une durée d’amortissement supérieure à trois ans. La base amortissable reste la même, mais le taux d’amortissement est multiplié par un coefficient fiscal (1,25 – 1,75 – 2,25 selon la durée), appliqué sur la valeur nette comptable en début d’exercice. Ce mode est donc plus dynamique, mais aussi plus complexe à suivre.

L’amortissement par unités d’œuvre, lui, découle directement de l’utilisation réelle du bien. On ne raisonne plus en années, mais en unités produites (pièces fabriquées, heures de fonctionnement, kilomètres parcourus, etc.). L’annuité d’amortissement est calculée en multipliant un coût d’amortissement par unité par le nombre d’unités consommées au cours de l’exercice. Cette méthode reflète au plus près l’usure économique, mais elle suppose de pouvoir mesurer de façon fiable l’activité du bien, ce qui n’est pas toujours le cas.

L’amortissement linéaire se distingue ainsi par sa régularité : les dotations sont constantes (hors prorata temporis) et donc prévisibles. Cela en fait la méthode privilégiée pour la plupart des immobilisations courantes (mobilier, matériel de bureau, véhicules de tourisme, logiciels…) lorsque l’utilisation du bien est jugée relativement stable dans le temps. Pour résumer, on peut dire que le linéaire est à l’amortissement ce que le remboursement « in fine » n’est pas : vous lissez la charge sur la durée, plutôt que de la concentrer sur quelques périodes.

Impact de la valeur résiduelle sur le montant des annuités

La valeur résiduelle correspond à la valeur nette que l’on estime pouvoir récupérer à la fin de la durée d’utilisation du bien (prix de revente, valeur de ferraille, etc.), nette des coûts de sortie (démantèlement, enlèvement, remise en état). Dans la formule mathématique de l’amortissement linéaire, elle vient en diminution de la base : Base amortissable = Valeur d’origine – Valeur résiduelle. Plus la valeur résiduelle est élevée, plus la base amortissable diminue, et donc plus les annuités d’amortissement seront faibles.

En pratique française, pour les petites et moyennes entreprises, la valeur résiduelle est souvent supposée nulle car jugée non significative, sauf cas particuliers (avions, navires, gros matériels spécifiques, immeubles destinés à être revendus…). Cette simplification permet de ne pas complexifier inutilement les calculs lorsque l’écart est marginal. Toutefois, lorsqu’une valeur résiduelle importante est identifiée, ne pas en tenir compte peut conduire à surévaluer la charge d’amortissement et donc à minorer artificiellement le résultat comptable.

Il convient également de rappeler que la valeur résiduelle n’est pas figée : si des événements nouveaux (évolution technologique, changement de marché, durcissement réglementaire) conduisent à revoir significativement la durée de vie ou la valeur de sortie estimée, le plan d’amortissement linéaire doit être révisé pour les exercices futurs. L’amortissement déjà comptabilisé n’est pas corrigé, mais on recalcule le montant des annuités restantes sur la nouvelle base et la nouvelle durée estimée. C’est un peu comme recalculer la distance restante d’un trajet après un changement d’itinéraire : passé et futur sont traités séparément.

Construction méthodique du tableau d’amortissement avec excel et LibreOffice

Une fois les principes théoriques maîtrisés, l’étape suivante consiste à bâtir concrètement un tableau d’amortissement linéaire dans un tableur (Excel, LibreOffice Calc, Google Sheets…). Cet outil vous permettra de suivre, année après année, la valeur nette comptable de chaque immobilisation et les dotations d’amortissement correspondantes. Bien conçu, il devient un véritable support de pilotage pour vos investissements et facilite la préparation de vos écritures comptables et de vos liasses fiscales.

La logique de construction reste la même quel que soit le logiciel. Vous allez définir une structure de colonnes standard (dates, base amortissable, dotation de l’exercice, amortissements cumulés, valeur nette comptable), puis y intégrer des formules automatiques. Le but est de limiter au maximum les saisies manuelles et les risques d’erreur : vous entrez les données de départ (valeur, durée, date de mise en service) et le reste se calcule tout seul.

Paramétrage des colonnes : exercice, valeur nette comptable, dotation annuelle

Pour un tableau d’amortissement linéaire clair et exploitable, il est recommandé de structurer chaque ligne par exercice comptable. Vous pouvez par exemple utiliser les colonnes suivantes : Année / Date de début / Date de fin / Base amortissable / Taux / Prorata / Dotation de l’exercice / Amortissements cumulés / Valeur nette comptable. Certaines entreprises ajoutent également une colonne « Commentaires » pour préciser les événements particuliers (révision de durée, cession, mise au rebut).

La base amortissable (valeur d’origine diminuée de la valeur résiduelle le cas échéant) reste, en amortissement linéaire classique, constante d’un exercice à l’autre. Le taux est lui aussi fixe (1 / durée en années). Ce sont donc principalement la dotation annuelle, les amortissements cumulés et la valeur nette comptable qui évolueront automatiquement grâce aux formules. On peut comparer ce fonctionnement à un relevé de prêt : le capital initial reste le même, mais le capital restant dû diminue chaque année au fur et à mesure des remboursements.

La valeur nette comptable (VNC) se calcule très simplement : VNC = Base amortissable – Amortissements cumulés. À la fin de la durée d’amortissement, la VNC doit être égale, en principe, à la valeur résiduelle retenue (souvent 0 €). Ce contrôle est un des premiers tests de cohérence à effectuer sur votre tableau d’amortissement linéaire.

Formules automatisées pour le calcul des amortissements cumulés

Sur un tableur, l’objectif est de n’écrire les données de base qu’une seule fois, puis de les laisser se propager automatiquement sur l’ensemble des exercices. Pour la dotation annuelle en amortissement linéaire hors prorata temporis, la formule de base est très simple : Dotation = Base amortissable × Taux. Si la base amortissable se trouve en colonne D et le taux en colonne E, on pourra par exemple saisir en colonne G (dotation) : =D2*E2 et recopier vers le bas.

Les amortissements cumulés peuvent quant à eux être calculés en colonne H à l’aide d’une formule progressive. Pour la première ligne de l’immobilisation (premier exercice), la dotation cumulée est égale à la dotation de l’exercice : =G2. Pour l’exercice suivant, on additionne la dotation de l’année à l’amortissement cumulé de l’année précédente : =H2+G3. En recopiant cette formule sur toutes les lignes, on obtient automatiquement le cumul des amortissements linéaires année après année.

La valeur nette comptable, en colonne I par exemple, se calcule alors par simple différence : =D2-H2 pour la première ligne, puis la même formule recopiée sur toutes les lignes. Vous disposez ainsi d’un tableau dynamique : si vous modifiez la base, le taux ou la durée, l’ensemble des dotations et la VNC se mettent à jour instantanément. Cette automatisation limite les erreurs de calcul et vous permet de tester rapidement différents scénarios (changement de durée d’amortissement, intégration d’une valeur résiduelle, etc.).

Intégration des règles de prorata temporis en première année

Lorsque la mise en service d’une immobilisation intervient en cours d’exercice, la dotation de la première année ne peut pas correspondre à une annuité pleine. Il faut appliquer un prorata temporis en fonction du nombre de jours de détention entre la date de mise en service et la date de clôture. En pratique française, on raisonne le plus souvent sur une année de 360 jours, avec des mois de 30 jours, pour simplifier les calculs.

Dans votre tableau Excel ou LibreOffice, vous pouvez par exemple ajouter une colonne Jours d’utilisation et une colonne Prorata. Le nombre de jours est calculé à partir des dates de début et de fin de période en utilisant des fonctions de date (ou en appliquant directement la convention 30/360). Le prorata est alors obtenu par la formule : Prorata = Jours d’utilisation / 360. La dotation de la première année se calcule ensuite ainsi : Dotation N = Base amortissable × Taux × Prorata.

Les années intermédiaires (années pleines) conservent une dotation égale à Base × Taux avec un prorata de 1. La dernière année d’amortissement linéaire, enfin, reprend par symétrie la fraction d’année non amortie initialement, de sorte que la somme de la première et de la dernière annuité soit égale à une annuité complète. De cette manière, le montant cumulé des dotations d’amortissement rejoint bien la totalité de la base amortissable, ni plus ni moins.

Validation des totaux et contrôles de cohérence comptable

Une fois votre tableau d’amortissement linéaire construit et les formules en place, il est indispensable de procéder à quelques contrôles de cohérence. D’abord, vérifiez que la somme de toutes les dotations sur la durée d’utilisation est exactement égale à la base amortissable (valeur d’origine moins valeur résiduelle). Si ce n’est pas le cas, il y a probablement une erreur de prorata temporis ou de saisie des dates.

Ensuite, contrôlez la valeur nette comptable en fin de plan : elle doit être égale à la valeur résiduelle retenue (0 € en l’absence de valeur résiduelle significative). Assurez-vous également que le cumul des dotations figure bien dans le compte 28 correspondant dans votre balance (amortissements des immobilisations) et qu’il est cohérent avec le montant total des immobilisations concernées au compte 2. Cette concordance entre plan d’amortissement et comptabilité générale est un point systématiquement vérifié par les commissaires aux comptes et par l’administration fiscale.

Enfin, pensez à documenter vos hypothèses (durée d’amortissement, valeur résiduelle éventuelle, choix de la date de mise en service) dans un fichier annexe ou dans une colonne de commentaires. Vous vous remercierez dans quelques années lorsque vous devrez justifier ces paramètres ou adapter le plan d’amortissement linéaire à une nouvelle situation (révision de durée, changement de réglementation, projet de cession de l’actif…).

Traitement comptable des immobilisations corporelles et incorporelles

La construction d’un tableau d’amortissement linéaire ne prend tout son sens que si elle s’articule correctement avec les écritures comptables passées dans le journal. L’amortissement n’est pas qu’un simple calcul : c’est aussi une écriture de dotation qui vient à la fois constater une charge dans le compte de résultat et diminuer la valeur des immobilisations au bilan. Il convient donc de distinguer le traitement des immobilisations corporelles (biens physiques) et incorporelles (actifs immatériels) dans le respect du Plan Comptable Général (PCG).

Concrètement, la plupart des entreprises tiennent un tableau d’amortissement linéaire détaillé par immobilisation, puis enregistrent en fin d’exercice une écriture globale ou par famille de biens, en s’appuyant sur les montants calculés. Le compte 28 (amortissements) joue alors le rôle de « miroir » du compte 2 (immobilisations), tandis que la dotation aux amortissements transite par la classe 6 en charges d’exploitation.

Écritures de dotation aux amortissements selon le plan comptable général

Au moment de la clôture, l’entreprise comptabilise une dotation annuelle aux amortissements, sur la base des montants figurant dans son plan d’amortissement linéaire. Pour une immobilisation corporelle (par exemple, un matériel industriel), l’écriture type est la suivante : débit du compte 6811 – Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles et crédit du compte 281x – Amortissements des immobilisations corporelles correspondant (par exemple 2815 – Amortissements du matériel industriel).

Pour les immobilisations incorporelles (logiciels, brevets, concessions…), la logique est identique, mais on utilise les comptes 6801 – Dotations aux amortissements sur immobilisations incorporelles et 280x – Amortissements des immobilisations incorporelles. Dans les deux cas, la dotation augmente les charges de l’exercice (impact sur le résultat) et vient accroître le cumul des amortissements au bilan. La valeur brute de l’immobilisation (compte 20 ou 21) n’est jamais directement diminuée : seule la valeur nette (valeur brute – amortissements cumulés) évolue.

Il est possible de comptabiliser les amortissements linéaires de manière mensuelle, trimestrielle ou annuelle en fonction de l’organisation de l’entreprise. Beaucoup choisissent une dotation unique en fin d’exercice, calculée à partir du tableau d’amortissement. D’autres préfèrent lisser la charge au fil de l’année par des dotations mensuelles, ce qui rapproche d’autant plus la comptabilité de la réalité économique de l’utilisation des biens.

Comptabilisation des acquisitions d’immobilisations en cours d’exercice

Lorsqu’une immobilisation est acquise en cours d’exercice, la première étape consiste à l’enregistrer à l’actif du bilan pour son coût d’acquisition (prix d’achat hors taxes + frais directement attribuables à la mise en service : livraison, installation, droits de douane, taxes non récupérables…). L’écriture type est : débit du compte d’immobilisation concerné (20x ou 21x), débit du compte de TVA sur immobilisations (44562x) le cas échéant, et crédit du compte fournisseur (401) ou de banque (512) selon le mode de règlement.

Ce n’est qu’à partir de la date de mise en service que vous commencerez à calculer et comptabiliser l’amortissement linéaire, en appliquant le prorata temporis pour la première année. Concrètement, à la clôture de l’exercice, vous passerez une dotation partielle (calculée sur la base des jours de détention), avec la même écriture que pour une immobilisation acquise en début d’année : débit du compte 6811 ou 6801 et crédit du compte 28 correspondant. L’important est de veiller à ce que le montant de la dotation de la première et de la dernière année reconstitue bien une annuité complète sur l’ensemble de la période.

Une erreur fréquente chez les débutants consiste à « extourner » les amortissements à l’ouverture de l’exercice suivant. C’est une mauvaise pratique : les amortissements comptabilisés restent définitivement portés au crédit du compte 28 et sont simplement repris en report à nouveau. Ce sont uniquement les dotations de l’exercice suivant qui viendront s’ajouter au cumul.

Gestion des cessions et mises au rebut d’actifs amortis

Lorsqu’une immobilisation est cédée ou mise au rebut avant la fin de sa durée d’amortissement, il convient de solder à la fois le compte d’immobilisation (valeur brute) et le compte d’amortissements correspondants, puis de constater le résultat de cession éventuel. La première étape consiste à calculer la valeur nette comptable au jour de la cession : VNC = Valeur brute – Amortissements cumulés. Cette VNC servira de base pour déterminer la plus-value ou la moins-value.

Sur le plan comptable, la cession se traduit par plusieurs écritures successives : sortie de l’immobilisation (crédit du compte 2 pour la valeur brute, débit du compte 28 pour le cumul des amortissements), constatation du produit de cession (crédit du compte 775 – Produits de cession d’éléments d’actif) et de la VNC en charge (débit du compte 675 – Valeur comptable des éléments d’actif cédés). La différence entre le produit de cession et la VNC constitue la plus-value ou la moins-value sur cession d’immobilisation.

En cas de mise au rebut sans produit de cession (bien détruit, obsolète, volé sans indemnisation…), la valeur nette comptable est directement passée en charge au compte 675. Là encore, le plan d’amortissement linéaire vous fournit immédiatement la VNC et le cumul des amortissements. Vous voyez ainsi que le tableau n’est pas seulement un outil de calcul théorique : il devient indispensable pour sécuriser le traitement comptable des sorties d’actifs.

Applications pratiques sectorielles de l’amortissement linéaire

L’amortissement linéaire s’applique à une grande variété de secteurs d’activité, mais les modalités concrètes peuvent varier sensiblement selon la nature des biens et les usages professionnels. Une agence de communication n’amortira pas son matériel informatique de la même façon qu’un industriel amortit ses machines-outils ou qu’un bailleur amortit un immeuble. Comprendre ces spécificités sectorielles permet d’affiner les durées d’amortissement, tout en restant conforme aux pratiques admises par l’administration fiscale.

Dans les activités de services (cabinets de conseil, professions libérales, agences digitales…), le linéaire est utilisé pour le parc informatique, le mobilier, les agencements de bureaux et, de plus en plus, pour les logiciels acquis. Les durées sont en général courtes pour les actifs technologiques (3 à 5 ans pour les ordinateurs, parfois 3 ans seulement pour les smartphones) afin de refléter l’obsolescence rapide. À l’inverse, le mobilier peut être amorti sur 10 ans ou plus, puisque son usure est beaucoup plus lente.

Dans l’industrie, les machines, outillages et installations techniques représentent souvent des montants d’investissement élevés. L’amortissement linéaire y est très répandu, même si des méthodes par unités d’œuvre sont parfois retenues pour certains équipements critiques. Les durées se situent couramment entre 5 et 10 ans, mais peuvent être allongées pour des installations lourdes. L’enjeu est double : refléter au mieux la durée d’utilisation réelle tout en évitant de « sous-amortir » des actifs dont la valeur économique décroît rapidement.

Dans l’immobilier d’entreprise (bureaux, entrepôts, commerces), les durées d’amortissement linéaire sont beaucoup plus longues, de l’ordre de 20 à 50 ans selon la nature des constructions. Les agencements et aménagements intérieurs, eux, sont souvent amortis séparément sur des durées plus courtes (10 à 15 ans). On parle alors d’immobilisation « décomposable » : chaque composant significatif est suivi et amorti selon sa propre durée de vie, ce qui rapproche la comptabilité des exigences des normes IFRS.

Optimisation fiscale et normes IFRS pour les tableaux d’amortissement

Sur le plan fiscal, l’amortissement linéaire représente le mode normal d’amortissement des immobilisations. Il constitue, en principe, l’amortissement minimum admis par l’administration. Lorsque l’entreprise choisit, pour certains biens, d’appliquer un amortissement plus rapide (dégressif ou exceptionnel), des amortissements dérogatoires peuvent apparaître et donner lieu à des retraitements extra-comptables. La construction d’un tableau d’amortissement linéaire « de référence » reste alors un point d’ancrage précieux pour distinguer la partie économique de la partie purement fiscale.

Les règles fiscales précisent des durées d’usage admises par type de biens (par exemple 4 à 5 ans pour les véhicules de tourisme, 5 à 10 ans pour le matériel de bureau, 20 ans pour certains bâtiments). Pour autant, le PCG rappelle que la durée d’amortissement doit d’abord refléter la durée d’utilisation réelle du bien. Dans la pratique, les petites entreprises peuvent s’aligner sur les durées d’usage fiscales sans trop de risques, dès lors que ces durées restent raisonnables au regard de la réalité économique.

Les normes internationales IFRS introduisent une approche parfois plus fine de l’amortissement. Elles imposent notamment de distinguer les composants significatifs d’une immobilisation (par exemple, structure, toiture, ascenseurs, installations techniques d’un immeuble) et de les amortir séparément selon leur propre durée de vie. Elles exigent également une révision régulière (au moins annuelle) des durées d’amortissement et des valeurs résiduelles, avec ajustement prospectif des plans d’amortissement en cas de changement d’estimation.

Si votre entreprise applique les IFRS, votre tableau d’amortissement linéaire deviendra donc plus détaillé, mais la logique de base reste la même : pour chaque composant, vous calculez une annuité constante sur une durée d’utilisation estimée, en tenant compte d’une éventuelle valeur résiduelle. Le principal enjeu consiste alors à articuler ce référentiel économique avec les contraintes fiscales locales, qui continuent, dans la plupart des pays, à se référer à des durées d’usage standardisées.

Outils numériques spécialisés : sage, cegid et solutions cloud dédiées

Si Excel et LibreOffice suffisent pour gérer quelques immobilisations, la tâche peut rapidement devenir fastidieuse dès que le parc d’actifs s’étoffe : plusieurs dizaines ou centaines de biens, mises en service étalées dans le temps, cessions partielles, révisions de plans d’amortissement… C’est là qu’entrent en jeu les logiciels spécialisés de gestion des immobilisations, intégrés ou non à un ERP comptable.

Les solutions historiques comme Sage ou Cegid proposent des modules dédiés à la gestion des immobilisations, capables de générer automatiquement les plans d’amortissement linéaires (et dégressifs), de calculer les dotations par période, de suivre les mouvements (acquisitions, cessions, mises au rebut) et d’éditer les états réglementaires (tableaux des immobilisations et amortissements de l’annexe). L’avantage majeur est l’intégration directe avec la comptabilité : les écritures de dotation sont générées et passées automatiquement dans le journal.

De plus en plus de solutions cloud, souvent orientées TPE/PME, intègrent désormais un module d’immobilisations simplifié : vous enregistrez le bien, sa valeur, sa durée d’amortissement linéaire et sa date de mise en service, et le logiciel se charge de tout le reste (plan d’amortissement, dotations mensuelles, suivi de la valeur nette comptable). Ces outils offrent une alternative intéressante aux tableurs, avec l’avantage d’une maintenance continue, de mises à jour réglementaires et d’un accès multi-utilisateurs sécurisé.

Le choix entre un tableur personnalisé et un logiciel spécialisé dépendra de la taille de votre entreprise, du volume d’immobilisations à gérer et de votre niveau d’exigence en matière d’automatisation et de contrôle interne. Quelle que soit la solution retenue, l’important est de conserver une vision claire et fiable de vos tableaux d’amortissement linéaires, car ils constituent le socle de la bonne gestion de vos investissements et de la fiabilité de vos comptes annuels.